Cameroun : Vers un contrôle accru de la fiscalité locale, l’autonomie des communes en débat

YAOUNDÉ, 22 mai 2026 (BI MÉDIA) – Le gouvernement camerounais a acté une réforme substantielle du régime financier de ses Collectivités territoriales décentralisées (CTD) par la création d’« Unités de suivi de la fiscalité locale », une mesure technique qui suscite un débat politique sur l’autonomie réelle des municipalités.

Selon les termes d’un arrêté conjoint signé le vendredi 15 mai 2026 par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, et le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam, ces nouvelles structures administratives seront directement déployées au sein des municipalités.

Pour l’exécutif, cette initiative répond à un impératif d’optimisation macroéconomique. Les notes d’orientation du ministère des Finances précisent que ces unités ont pour attribution l’identification des contribuables, le suivi fiscal de proximité et la sécurisation des recettes de base. Les autorités présentent la réforme comme un dispositif d’accompagnement technique visant à renforcer la gouvernance financière et à accroître les ressources propres des communes pour soutenir le développement territorial.

Toutefois, cette décision administrative suscite des réserves au sein de l’opinion et des cercles d’analyse socio-politique, où elle est parfois perçue comme un renforcement de la tutelle de l’État central. Interrogé par BI MÉDIA TV, l’analyste Jean Jacques Émile Abondo estime que cette mesure pourrait altérer le principe de libre administration des collectivités territoriales, un argumentaire institutionnel pourtant mis en avant par Yaoundé comme une réponse politique face aux courants fédéralistes ou sécessionnistes.

Les observateurs locaux redoutent notamment un chevauchement de compétences sur le terrain entre les agents de l’administration centrale et les exécutifs municipaux élus. Selon ces critiques, une telle superposition pourrait restreindre la marge de manœuvre managériale des maires et générer des frictions institutionnelles quant à la gestion des budgets locaux.

Le déploiement opérationnel de ces unités servira de test pour l’équilibre institutionnel camerounais, entre la recherche d’une orthodoxie budgétaire prônée par le pouvoir central et le respect de l’autonomie financière des exécutifs locaux.

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