DAKAR, 23 mai 2026 (BI MÉDIA) – Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin, vendredi soir, aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko et a prononcé la dissolution du gouvernement, actant une rupture politique majeure au sommet de l’État, deux ans après leur accession conjointe au pouvoir.
L’annonce officielle a été faite peu avant 22h00 heure locale (et TU) sur les ondes de la Radio Télévision Sénégalaise (RTS). Dans une brève allocution solennelle depuis le Palais de la République, le secrétaire général de la Présidence, Oumar Samba Ba, a donné lecture du décret présidentiel matérialisant cette décision radicale.
« Par décret n°2026-1128 du 22 mai 2026, le président de la République, son excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a mis fin aux fonctions de M. Ousmane Sonko, Premier ministre, et par conséquent, à celles des ministres et secrétaires d’État, membres du gouvernement », a déclaré M. Samba Ba, précisant que l’équipe sortante restait chargée d’expédier les affaires courantes.
Ce limogeage retentissant intervient au terme d’une journée de vives tensions institutionnelles. Quelques heures plus tôt, M. Sonko s’était présenté devant l’Assemblée nationale pour s’exposer aux questions des députés. Devant les parlementaires, le chef du gouvernement d’alors avait affiché une posture d’indépendance inflexible : « Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément et qui acquiesce à tout », avait-il notamment martelé. Tout en concédant l’existence de « divergences » de vues avec le chef de l’État, il avait toutefois assuré que celles-ci ne freinaient en rien la marche des institutions publiques.
Le divorce politique entre les deux dirigeants couvait pourtant depuis plusieurs mois, marqué par des divergences de plus en plus manifestes au sein de l’exécutif. Début mai, le président Bassirou Diomaye Faye avait publiquement entrouvert la porte à une telle issue lors d’un entretien avec les médias, soulignant qu’il n’hésiterait pas à démettre son Premier ministre dès lors que le lien de confiance serait rompu. Le point de non-retour semble avoir été franchi ce vendredi.
«Dormir le cœur léger »
Ousmane Sonko, après son limogeage.
La réaction d’Ousmane Sonko ne s’est pas fait attendre. Figure centrale de la vie politique sénégalaise et ancien mentor du président actuel – qu’il avait désigné comme candidat de substitution à la présidentielle de mars 2024 après avoir été lui-même disqualifié du scrutin –, M. Sonko a réagi avec détachement sur ses réseaux sociaux. « Ce soir je dormirai le cœur léger », a-t-il sobrement publié sur sa page Facebook officielle.
Analyse : Vers un risque d’impasse institutionnelle
Cette séparation ouvre une période d’incertitude quant aux équilibres politiques du pays. Interrogé par l’agence, le professeur Maurice Soudieck Dione, agrégé de Sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, souligne que « l’un et l’autre devront trouver des stratégies pertinentes pour pouvoir exister et évoluer dans l’espace politique ». Si la fonction présidentielle dispose de prérogatives constitutionnelles étendues, le modèle politique offre également des leviers d’action à l’ancien Premier ministre.
À l’approche des élections locales de 2027 et de la présidentielle de 2029, les analystes redoutent l’émergence d’un conflit ouvert entre la légitimité présidentielle et la dynamique parlementaire. « Le danger est d’assister à une guerre de la majorité présidentielle contre la majorité parlementaire, ce qui peut avoir des conséquences préjudiciables à la bonne marche des affaires publiques », avertit le professeur Dione.
Aucune indication n’a encore été donnée par la Présidence quant à la nomination d’un nouveau Premier ministre ni sur la composition de la future équipe gouvernementale.