YAOUNDÉ, 05 juin 2026 (BCA) – L’enquête sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo franchit une étape décisive avec la mise en lumière de l’activité numérique entre les principaux protagonistes du dossier. De nouveaux éléments versés à la procédure judiciaire soulignent l’importance des échanges électroniques ayant eu lieu durant la période charnière de l’enlèvement et de la mort du chef de chaîne d’Amplitude FM.
Au cœur des investigations : une intense activité sur la messagerie WhatsApp entre l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et le lieutenant-colonel Justin Danwé, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE). Selon les données recueillies, vingt-six appels, en formats audio et vidéo, ont été répertoriés entre les deux hommes sur la période allant du 13 au 23 janvier 2023.
Des zones d’ombre persistantes
Si l’identité de Justin Danwé — qui a reconnu avoir formé et dirigé le commando opérationnel — est établie, la question de la chaîne de commandement demeure le point focal du procès en cours. Les experts numériques ont relevé que, dans la foulée de ces communications, de nombreux messages et fichiers ont été supprimés des terminaux, une manœuvre qui interroge les parties civiles et les enquêteurs sur la nature des informations effacées.
Pour les magistrats en charge du dossier, ces éléments numériques représentent une pièce maîtresse pour lever le voile sur les intentions réelles des personnes impliquées durant les jours précédant et suivant le rapt du journaliste. Martinez Zogo avait été enlevé le 17 janvier 2023, avant que son corps, portant les marques de sévices d’une extrême violence, ne soit découvert le 22 janvier suivant.
La cruauté des preuves numériques
La procédure a récemment été marquée par la révélation d’images insoutenables. Des clichés, extraits du compte Google de Godje Oumarou Vincent, membre présumé de l’unité ayant exécuté l’opération, attestent de la torture subie par le journaliste avant son décès. Ces documents visuels ont renforcé la détermination de l’accusation à identifier les donneurs d’ordres derrière cet acte criminel.
Jean-Pierre Amougou Belinga, dont le rôle est au centre des soupçons comme potentiel commanditaire, fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités judiciaires. Les défenseurs des droits de l’homme et les organisations de médias, qui suivent de près ce dossier, estiment que l’exploitation technique de ces échanges pourrait s’avérer déterminante pour la manifestation de la vérité.
Alors que le procès se poursuit, l’enjeu pour la justice camerounaise reste de clarifier la nature précise des communications entre M. Amougou Belinga et le lieutenant-colonel Danwé. La reconstitution de ces échanges, bien que partiellement effacés, constitue désormais un pilier fondamental de l’instruction, susceptible de confirmer ou d’infirmer les thèses défendues jusqu’ici par les différentes parties à ce procès qui continue de susciter une vive émotion au sein de l’opinion publique nationale et internationale.



