Affaire Martinez Zogo : Me Emmanuel Simh dénonce « l’horreur absolue» de la vidéo de torture

YAOUNDÉ, 2 juin 2026 (BCA) – L’onde de choc provoquée par la diffusion des images de la torture du journaliste Martinez Zogo continue de susciter de vives réactions au sein du corps judiciaire et de la société civile à Yaoundé. Au lendemain de l’audience de lundi au tribunal militaire, de nouveaux témoignages d’avocats et d’observateurs décrivent une salle d’audience profondément éprouvée par les éléments matériels versés aux débats.

Me Emmanuel Simh, avocat et observateur de renom présent lors de l’audience, a publiquement partagé son indignation face à ce qu’il qualifie d’« horreur absolue ». Son compte-rendu décrit de manière brute les éléments projetés sur l’écran géant du tribunal, montrant la victime entièrement déshabillée dans la poussière, le corps ensanglanté et la bouche entravée par un épais bâillon, tentant d’implorer la clémence de ses ravisseurs.

« J’ai vu une salle transie d’émoi, des femmes et des hommes en larmes, certains quittant la salle d’audience ou fermant les yeux, incapables de regarder sur cet écran géant cette barbarie en direct », a témoigné Me Simh, ajoutant que si « les juges diront le droit […] la justice de Dieu sera impitoyable. »

Cette description corrobore les propos recueillis la veille auprès d’autres observateurs réguliers du procès, à l’instar du journaliste et sociologue Serge Aimé Bikoi, qui avait qualifié la séquence d’« effroyable », et du spécialiste des droits humains Polycarpe Xavier Atangana, qui avait évoqué une assistance submergée par les larmes.

L’introduction de cette vidéo, extraite du téléphone portable de l’accusé Justin Danwe — ancien chef des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) —, marque un tournant factuel dans la « section technique et technologique » du procès. Elle s’inscrit dans le cadre du rapport d’expertise de près de mille pages présenté par le Pr Georges Bell Bitjoka, spécialiste en sécurité des systèmes d’information et en cryptologie.

Éléments techniques et connexions téléphoniques

Au-delà de la charge émotionnelle de l’audience, l’analyse des données de téléphonie mobile a permis à l’expert d’établir des connexions directes et chiffrées entre plusieurs prévenus clés en détention. Le décryptage de cinq terminaux (deux appartenant à Justin Danwe et trois à Maxime Eko Eko, ancien directeur de la DGRE) a mis en évidence des échanges de messages explicites liés à l’évolution de la situation de la victime.

Selon le rapport d’expertise, un message intercepté indique : « Il est mort, je crois qu’il est mort. Je suis inquiet. », ce à quoi un interlocuteur a répondu : « Ne vous inquiétez de rien, il n’y aura rien si vous ne dites rien. »

Les données de localisation et de trafic présentées par l’expert révèlent également des interactions suivies entre Justin Danwe, l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, et Modeste Mopa, ancien directeur général des impôts, portant spécifiquement sur des dossiers associés à la « ligne 94 ». Un enregistrement sonore extrait des scellés indique par ailleurs que des instructions claires avaient été données par le commandement de l’opération pour documenter les sévices par vidéo.

Parallèlement à ces révélations judiciaires, l’attention publique s’est de nouveau portée sur le site de la périphérie de Yaoundé où le corps sans vie du directeur de la radio d’Amplitude FM avait été découvert le 22 janvier 2023, accentuant la solennité des débats en cours.

Les audiences reprennent ce mardi 2 juin 2026. Les conseils de la partie civile et de la défense doivent procéder au contre-interrogatoire approfondi du Pr Bell Bitjoka, dont les conclusions techniques s’annoncent déterminantes pour la qualification finale des responsabilités individuelles.

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