Yaoundé : Choc au tribunal militaire après la diffusion de la vidéo de la torture de Martinez Zogo

YAOUNDÉ, 2 juin 2026 (BCA) – Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a basculé dans une phase hautement sensible lundi au tribunal militaire de Yaoundé. Pour la première fois depuis l’ouverture des audiences, la cour a visionné un extrait vidéo documentant les tortures infligées à l’animateur radio avant sa mort en janvier 2023, provoquant une vive détresse et des larmes parmi l’assistance.

Cette pièce à conviction majeure a été introduite lors du passage à la barre du 32ᵉ témoin de l’accusation, le Pr Georges Bell Bitjoka, expert en cybersécurité et en protection des systèmes d’information. Mandaté dès la phase préliminaire de l’instruction pour décrypter le contenu numérique des téléphones portables de plusieurs suspects, l’expert s’est présenté devant le tribunal avec un rapport d’analyse de près de mille pages.

La séquence vidéo projetée sur les écrans de la salle d’audience provient directement de l’un des deux téléphones saisis appartenant à Justin Danwe, ancien chef des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE). Les images montrent Martinez Zogo ligoté, bâillonné, le visage sévèrement tuméfié, implorant ses ravisseurs.

« C’est effroyable », a réagi le journaliste et sociologue Serge Aimé Bikoi, visiblement ému à la sortie de l’audience. Polycarpe Xavier Atangana, spécialiste des droits humains également présent, a décrit une « salle d’audience en larmes » face au spectacle de la victime « trempée de sang » et cherchant désespérément du secours.

Au-delà de l’impact visuel de la vidéo, le témoignage technique du Pr Bell Bitjoka a mis en lumière des éléments factuels précis. L’analyse détaillée de cinq terminaux mobiles – deux appartenant à Justin Danwe et trois à Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE – a révélé des transcriptions d’échanges de messages textuels explicites contemporains des faits.

« Il est mort, je crois qu’il est mort. Je suis inquiet », indique l’un des messages décryptés par l’expert. Ce à quoi un interlocuteur répond : « Ne vous inquiétez de rien, il n’y aura rien si vous ne dites rien. »

Interrogé par le ministère public sur les connexions structurelles unissant les différents prévenus depuis la planification jusqu’à l’exécution du crime, le Pr Bell Bitjoka a affirmé avoir établi une « forte connexité » technique et géographique entre plusieurs des principaux suspects en détention.

Les relevés de localisation et les historiques d’appels obtenus auprès des opérateurs de téléphonie mobile ont permis à l’expert de reconstituer un réseau dense de communications. Ces flux associaient Justin Danwe à l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga ainsi qu’à Modeste Mopa, ancien directeur général des impôts, concernant des dossiers liés à la « ligne 94 ». Les preuves présentées intègrent également un enregistrement audio dans lequel Justin Danwe donne l’ordre explicite de filmer l’opération de répression.

Le procès, qui entre désormais dans sa phase technique décisive, doit reprendre ce mardi 2 juin 2026. La parole sera donnée aux avocats de la partie civile pour le contre-interrogatoire de l’expert.

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