Cameroun : Décès d’Alexis Dipanda Mouelle, figure tutélaire de la magistrature

YAOUNDÉ, 04 Mai 2025 (BI MÉDIA) – L’ancien Premier Président de la Cour Suprême du Cameroun est décédé ce lundi 4 mai 2026 à l’âge de 84 ans. Magistrat de carrière et ancien expert aux Nations Unies, il aura présidé la plus haute juridiction du pays pendant près d’un quart de siècle, marquant durablement l’histoire institutionnelle de l’État.

Le monde judiciaire camerounais est en deuil.

Alexis Dipanda Mouelle, Premier Président émérite de la Cour Suprême, s’est éteint au petit matin ce lundi, trois mois seulement après le décès de son épouse. Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki, dans la région du Littoral, il laisse derrière lui le souvenir d’une carrière d’une longévité exceptionnelle au service du droit.

Un demi-siècle au cœur du système judiciaire

Diplômé de l’Université de Paris, Alexis Dipanda Mouelle intègre le corps de la magistrature le 29 novembre 1965. Son parcours exemplaire le mène successivement à la tête du tribunal de Foumban, puis au parquet général de Douala, avant d’atteindre le sommet de la pyramide judiciaire en 1990.

Nommé Premier Président de la Cour Suprême, il occupera cette fonction prestigieuse durant 24 années consécutives. Son mandat reste marqué par la gestion des contentieux électoraux majeurs, notamment la proclamation des résultats de la présidentielle de 1992. Au-delà des frontières nationales, sa compétence était reconnue par ses pairs internationaux, l’ayant conduit à siéger comme Vice-président du Comité des Nations Unies contre la torture.

Entre rigueur d’État et indépendance d’esprit

Le magistrat aura également été un homme de doctrine, publiant en 1998 un ouvrage de référence intitulé « La torture, cette barbarie de l’humanité ». Cependant, c’est sa sortie de fonction, en décembre 2014, qui cristallisera son image d’homme de principes. Sa mise à la retraite, intervenue brusquement par décret présidentiel, faisait suite à des divergences notables avec la Chancellerie sur le traitement judiciaire de certains dossiers sensibles, dont l’affaire Atangana Mebara.

Durant sa retraite, l’homme de loi avait délaissé son obligation de réserve pour plaider publiquement en faveur de la libération de plusieurs détenus de l’opération « Épervier », dont il estimait l’innocence établie.

Avec la disparition d’Alexis Dipanda Mouelle, le Cameroun perd un grand commis de l’État qui aura traversé les décennies avec une méthode et une discrétion caractéristiques des grands serviteurs de la République. Sa dépouille rejoint désormais la terre de ses ancêtres, refermant ainsi une page majeure des annales judiciaires du pays.

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