Cameroun / Fiscalité : Face aux critiques, l’État débloque plus de 6 milliards de FCFA pour les communes

YAOUNDÉ, 25 mai 2026 (BI MÉDIA) – Le gouvernement camerounais a entrepris de recadrer le débat autour de la réforme controversée de la fiscalité locale. Intervenant dimanche 24 mai sur les ondes du poste national de la CRTV, le chef de division des études, de la planification et des réformes fiscales à la Direction générale des impôts (DGI), Terence Adrien Tocke, a défendu un dispositif conçu, selon lui, pour « massifier » les recettes municipales, tout en annonçant le versement immédiat de plus de 6 milliards de francs CFA (environ 9,1 millions d’euros) aux communes.

Cette sortie médiatique survient dix jours après la signature, le 15 mai 2026, d’un arrêté conjoint par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, et le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam. Le texte matérialise le retrait de la collecte directe des impôts et taxes locales aux municipalités au profit de nouvelles « Unités de suivi de la fiscalité locale », déployées par l’administration centrale au sein des mairies.

Face aux critiques dénonçant un recul de l’autonomie des Collectivités territoriales décentralisées (CTD), le représentant de la DGI a insisté sur le bien-fondé économique de la mesure. Pour donner des gages de la bonne foi de l’État central, M. Tocke a révélé que l’enveloppe de 6 milliards de francs CFA venait d’être créditée sur les comptes des communes ouverts auprès de « Compost », le mécanisme de centralisation des dépôts des collectivités.

Pour l’exécutif, la création de ces unités répond à un impératif d’optimisation macroéconomique, incluant le recensement des contribuables, le suivi fiscal de proximité et la sécurisation des recettes de base. Yaoundé présente la réforme comme un outil technique d’accompagnement destiné à doter les communes de ressources propres plus importantes pour financer le développement territorial.

Cette centralisation de la collecte fiscale suscite néanmoins de vives réserves chez les analystes politiques et les élus locaux, qui y voient un renforcement de la tutelle de Yaoundé au détriment du principe constitutionnel de libre administration des collectivités. Les observateurs redoutent notamment des conflits de compétences sur le terrain entre les agents du pouvoir central et les exécutifs municipaux, alors même que le gouvernement vante régulièrement la décentralisation comme une réponse politique aux tensions institutionnelles et aux aspirations fédéralistes du pays.

Le déploiement opérationnel de ces nouvelles unités fera figure de test pour l’équilibre des pouvoirs au Cameroun, oscillant entre l’exigence d’orthodoxie budgétaire de l’État et la préservation des prérogatives des élus locaux.

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