Cameroun : L’opposant en exil Issa Tchiroma Bakary porte plainte à Paris contre Paul Biya

PARIS, 16 juin 2026 ( BI MEDIA) – Le paysage politique camerounais connaît un nouveau soubresaut judiciaire sur la scène internationale. L’ancien candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary, a annoncé vendredi avoir déposé deux plaintes auprès du tribunal judiciaire de Paris, visant directement le président Paul Biya ainsi qu’une vingtaine de hauts responsables de l’appareil sécuritaire et administratif du pays.

Exilé en Gambie depuis la période post-électorale, M. Tchiroma fonde sa démarche sur le principe de la compétence universelle. Dans sa plainte, l’opposant dénonce la gestion de la répression qui a suivi le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025. Il affirme que plusieurs milliers de citoyens camerounais seraient actuellement détenus dans des conditions qu’il qualifie d’« illégales » et contraires aux droits fondamentaux.

Les poursuites visent des personnalités de premier plan au sein de l’État camerounais, incluant le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, ainsi que plusieurs ministres et officiers supérieurs des forces de défense, de gendarmerie et de police.

L’ancien ministre indique avoir conduit, au lendemain du 12 octobre, un travail de documentation rigoureux pour identifier la chaîne de responsabilités, « des donneurs d’ordre aux exécutants ».

Une procédure à l’issue incertaine

Interrogé sur les chances de succès d’une telle saisine, Maître Calvin Job, avocat aux barreaux du Cameroun et de Paris, tempère les attentes tout en confirmant la base juridique de la requête. « Le tribunal judiciaire de Paris bénéficie de la compétence universelle sans exiger que le crime ait un lien territorial avec cet État. Maintenant, aboutir ou pas aboutir, ce type d’affaire prend souvent du temps », a-t-il précisé.

Pour les conseils de M. Tchiroma, cette action judiciaire à Paris constitue un premier jalon qui pourrait, à terme, être étendu à d’autres juridictions ou mécanismes internationaux spécialisés dans les droits de l’homme et la lutte contre la détention arbitraire.

Un « besoin d’existence »

Du côté du pouvoir en place, cette offensive judiciaire est accueillie avec une certaine distance, voire du dédain. Grégoire Owona, ministre du Travail et de la Sécurité sociale et secrétaire général adjoint du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), rejette les accusations et minimise la démarche de son ancien collègue.

« Tchiroma a un besoin d’existence qui justifie ce qu’il fait », a déclaré le haut responsable du parti au pouvoir. « Le RDPC, quant à lui, travaille à la préparation des prochaines échéances. Nous sommes bien trop occupés pour parler de M. Tchiroma », a-t-il ajouté, réaffirmant ainsi la ligne de conduite de la formation présidentielle.

Alors que les autorités camerounaises n’ont pas officiellement réagi sur le fond de ces plaintes, cette nouvelle confrontation illustre la persistance des tensions politiques qui marquent le pays depuis le scrutin d’octobre 2025.

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